La pensée de groupe

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groupthink

Avez-vous été membre d’une équipe sportive super soudée qui sors du banc pour commencer une bagare dont vous n’avez même pas compris l’origine? Avez vous participé sans hésiter à ce mouvement de foule avant de poser la moindre question rationnelle ? Moi aussi. Une organisation réligieuse qui prone des principes très forts avec en son sein des membres aux personalités affirmées ou écrasantes? Avez-vous éteint conscienment ou non votre cerveau pour ne pas voir ce qui est anormal et continuer de faire partie du groupe de peur d’être une cible ? Avez-vous fait quelque chose parceque tout le monde dans le cercle auquel vous appartenez le fait tout en ayant cette petite voix divergente qui proteste dans votre tête mais qu’il serait trop risqué d’écouter ? Moi aussi ! Maintenant qu’on est d’accord, entrons dans le vif du sujet.

La pensée du groupe ( Group Think) est un phénomène de ‘’pseudo-consensus’’ survenant lorsqu’un groupe se réunit en vue de prendre une décision réfléchie. Ce concept a été évoqué pour la première fois par Irving Janis, chercheur en psychologie à l’université de Yale  »après avoir analysé certains fiascos politiques retentissants comme celui du débarquement de la baie des cochons. » Selon Irving Janis, la pensée du groupe est : « Un mode de pensée dont les gens usent lorsqu’ils sont profondément impliqués dans un groupe uni, quand le désir d’unanimité des membres outrepasse leur motivation à concevoir d’autres solutions de façon réaliste. » (Irving Janis,1972) Il s’agit selon ce professeur et psychologue Américain, d’une tendance humaine à rechercher la validation du groupe au détriment de la réalité, quitte à mettre de côté sa propre conviction.

La recherche de l’approbation du groupe est présentée comme négative du fait de l’absence ou la faible dose d’authenticité qu’autorise l’ambiance de groupe. Dans le journal Canadien d’Obstétrique et de Gynécologie, Timothy Rowe fait un portrait de la pensée du groupe dans un cadre scientifique en ces termes : « La collaboration à un projet intellectuel fonctionne bien lorsqu’aucun des participants ne se sent intimidé ou impressionné par qui que ce soit d’autre au sein du groupe, mais ce n’est pas toujours le cas : il n’est pas rare de voir un ou deux membres du groupe en venir à assurer la direction des travaux. Les membres les moins extravertis et les plus conformistes d’un groupe se sentent moins menacés lorsqu’ils se rangent derrière les idées exprimées par les membres les plus loquaces. Parfois, un projet déraille en raison du pouvoir de persuasion de quelques-uns des membres du groupe, ce qui mène à la manifestation d’un biais de confirmation (soit l’approbation unanime, sans évaluation critique, d’une idée proposée de façon vigoureuse et désinvolte). Il est possible qu’une telle idée puisse en venir à être confirmée par des lois. Dans une large mesure, l’action politique constitue un exemple de pensée de groupe » (Rowe, 2013). On pourrait citer entre autres symptômes du ‘’Groupthink’’ : l’illusion d’invulnérabilité qui estompe l’envie de contester l’idée de la majorité, l’illusion de l’unanimité du groupe qui tend à ignorer volontairement les distorsions internes, et les figures d’autorités du groupe qui veillent à garder les membres dans la ligne de pensée commune. Il n’est pas rare d’observer ces symptômes dans des organisations politiques, des fraternités et très souvent dans des organisations réligieuses. Le schéma est prédéfini et quiconque s’en éloigne est vomi par le groupe, ou  »reconverti par pression de groupe ». Face au  »risque » d’exclusion, très peu de gens prennent l’initiative de contredire un point qui leur parait anormale.  Ce schéma du groupe s’apparente étrangement au principe de la dissonance cognitive, tant il laisse entendre une volonté consciente de renoncer à la réflexion personnelle pour un bien être immédiat; celui de l’approbation et du sentiment d’appartenance. « Si l’on enferme un groupe de gens au QI élevé dans une pièce et qu’on leur demande de réaliser une tâche simple, qu’en sortira-t-il ? En premier lieu, un QI moins élevé. »  (Caldwell, 2012). Une étude de la Virginia Tech conduite sur des sujets au QI moyen de 126 dans des groupes ayant pour mission de résoudre des problèmes. Les scientifiques ont observé des réactions très affirmées chez certains membres ou effacées chez d’autres. Dans les deux cas, le groupe n’a pas su s’épanouir. « Les individus en petits groupes expriment une capacité cognitive diminuée, effet qui est exacerbé chez ceux qui se perçoivent comme ayant un statut inférieur ». (Caldwell,2012). Soit dit en passant, l’assertion de Caldwell selon laquelle les groupes rendent les individus un peu plus idiots ne contredit pas radicalement l’idée d’une intelligence collective. « Il est probable qu’un être humain perd un peu de ses capacités intellectuelles lorsqu’il est subordonné à un groupe, quels que soient les exploits que le collectif est capable de réaliser. La question de savoir si ce sacrifice en vaut la peine dépend de ce que font les groupes. S’il y a une chose que défendait la culture occidentale, telle qu’elle existait jusqu’à il y a deux décennies, c’était bien l’individu contre le troupeau. Ce sont des individus qui ont écrit Le Roi Lear et le Discours de la méthode. La « sagesse des foules » a produit au mieux quelques effets de mode vendeurs, au pire des autodafés de livres et des pogromes ». Le groupe peut en dépit de sa constitution : créer, bâtir, résoudre des questions complexes etc. Le groupe n’est pas un handicap selon Caldwell, mais les individus qui entrent dans un groupe, handicapent dans une certaine mesure la plénitude de leurs capacités individuelles pour adhérer à la capacité de groupe. L’homogénéité du groupe requiert donc un certain nombre de sacrifices conscients ou non.

Comment maximiser l’éfficacité et la sobriété d’un groupe ?

Il est possible d’estomper l’impact de la pensée du groupe en  »courcicuitant » le pouvoir du groupe par diverses moyens :

– Créer un environnement favorable aux idées dissonantes en les présentants comme utiles à l’enrichissement du groupe.
– Dispositifs d’expressions anonymes ( boites à suggestions, vote à bulletin secret…)
– Faire travailler plusieurs groupes et sous groupes sur la même question.
– Receuillir les avis des personnes de façon individuelles afin que chacun assume pleinement son opinion loin de l’influence du groupe.

Selon Rolf Dobelli « Si vous vous trouvez dans un petit groupe unanime, dites ouvertement votre opinion même si ça dérange les autres. Questionnez les démarches du groupe, quite à risquer l’expulsion du nid douillet. Et si vous même dirigez un groupe, choisissez un avocat du diable pour être le contestataire officiel. Cette personne sera certainement la moins appréciée de l’équipe, mais probablement la plus importante» Rolf Dobelli, The art of thinking clearly.

S’il est vrai que le groupe peut porter en son sein les graines d’un chaos, il n’en demeure pas moins vrai que toute société fonctionnelle ne peut se soustraire de la notion de groupe.

Merci d’avoir lu

Joyeux Noel

Eliezer AKE

 

Une réflexion sur “La pensée de groupe

  1. Olivia Ouedraogo

    Très bon article bien écrit et décortiqué bravo petit frère .
    Je crois que n’importe quel groupe a la capacité d’avoir une dynamique positive et ou négative mais que la direction que cela prendra dépendra toujours du style de gestion qui prédomine au sein de ce groupe là, mais aussi des personnalités qui s’y trouvent. Donc j’ose dire qu’il est nécessaire d’avoir un discernement assez aiguisé pour pouvoir desceller ces types de leaders ou de gestionnaires directifs et agir en conséquence. Avoir une personnalité introvertie, ne pas beaucoup s’exprimer ne devrait pas nécessairement altérer notre honnêteté,notre jugement à voir ce qui ne va pas et à pouvoir le dire d’une manière ou d’une autre comme tu cites dans l’article parce qu’ après, au-delà de notre caractère il reste quand même notre bon sens; la nuance étant un extraverti mal intentionné.
    Quand on a de bonnes valeurs et intentions on ne pourra certainement pas continuer d’évoluer aveuglément dans un tel milieu mais il faudra impérativement sacrer le camp de là!

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